Environnementale, sociale, économique : questionner la durabilité des systèmes alimentaires
Depuis 1945, les systèmes alimentaires industrialisés ont permis d’accroître drastiquement la production alimentaire et de nourrir les populations. DAujourd’hui, ils sont de plus en plus contestés du fait des externalités négatives qu’ils génèrent pour l’environnement (pollution de l’eau, de l’air, eutrophisation des milieux, émissions de gaz à effet de serre, etc.) et pour la société (exploitation des travailleurs, manque de reconnaissance pour les agriculteurs, etc.).
Face au dérèglement climatique, à l’effondrement de la biodiversité et à l’amplification des inégalités sociales, le système alimentaire de demain ne peut plus avoir comme unique mission de nourrir les êtres humains. Il doit aussi contribuer activement à la viabilité de la biosphère et participer à un développement socio-économique inclusif et équitable. Ces trois axes combinés sont les piliers d’un système alimentaire plus durable, qui permettrait de « répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs », selon la définition de développement durable proposée au Sommet de la Terre à Rio en 1992. Plus récemment, en 2015, 17 objectifs dits « de développement durable » (ODD) ont été fixés par les
193 pays membres des Nations-Unies. Tous les ODD sont en lien direct ou indirect avec les systèmes alimentaires.
Aller vers plus de durabilité dans les systèmes alimentaires soulève cependant une multitude de défis et de questionnements. Ce chapitre a pour objectif d’illustrer des solutions concrètes pour relever ces défis, et d’en analyser les perspectives et les limites.
Ceci à travers le prisme d’un développement socioéconomique plus inclusif et équitable dans un premier temps.
La première synthèse de ce chapitre s’intéresse aux femmes en agriculture. Historiquement inexistantes jusque dans leur statut professionnel, elles restent encore aujourd’hui un impensé social de la durabilité en agriculture. Nous étudierons comment les mécanismes de marché peuvent valoriser le travail des agricultrices et en quoi cela favoriserait la durabilité de nos systèmes agricoles.
La deuxième synthèse se penche sur le défi du renouvellement des populations agricoles. L’agriculture française perd chaque année 10 000 exploitant·e·s agricoles et les obstacles à l’installation sont nombreux, en particulier pour les néo-paysans. Les fermes disparaissent alors
au profit de l’agrandissement des exploitations existantes, au service d’un modèle d’agriculture industrialisé ne répondant pas aux objectifs de durabilité. Parmi les acteurs mobilisés sur cette question, les collectivités territoriales innovent en combinant test agricole et stratégie foncière. Nous verrons selon quels modèles elles agissent et avec quels résultats.
Dans un second temps, nous nous intéresserons aux voies vers des modes de production plus durables.
La troisième synthèse de ce chapitre montre comment les appellations d’origine protégées (AOP) laitières se mobilisent pour renforcer la durabilité de leur filière. Elles ont initié en 2019 une réflexion collective qui a abouti à un cadre d’engagement portant sur des critères économiques, sociaux et environnementaux. L’aspect collectif de la démarche sera souligné, ainsi que sa pertinence sur le plan environnemental.
fertilisation chimique, etc.) impactent fortement la biodiversité cultivée et la biodiversité sauvage. Nous présenterons ici le rôle que peuvent avoir les industries agroalimentaires pour préserver la biodiversité et comment elles peuvent communiquer leur engagement aux consommateurs.
Enfin, la cinquième synthèse portera son regard sur la question de l’élevage, très présente dans le discours public. La tendance antispéciste et la défense du statu quo s’opposent. Nous pouvons mettre en évidence un besoin de différencier les modes d’élevage sur le marché. L’enjeu est de reconsidérer la demande en produits carnés en fonction des capacités productives planétaires, des capacités physiologiques des animaux et des stratégies des éleveur·se·s. L’amélioration de la compréhension des consommateurs par une meilleure reconnaissance du produit lors de l’acte d’achat est une solution.
La quatrième synthèse examine le lien entre agriculture, transformation agroalimentaire industrielle et érosion de la biodiversité. En effet, les choix des modes de production (rotations, utilisation ou non de pesticides, travail du sol,
Ltinyurl.com/bbbrb8z7
CÉLIA MAGNIER MOTS-CLÉS : BIEN-ÊTRE ANIMAL, LABELLISATION, TERRITOIRES e concept « One Welfare », inspiré de l’initiative « One Health », met en évidence les interconnexions entre le bien-être animal (BEA), le bien-être humain et l’environLnement, et vise la collaboration transdisciplinaire pour améliorer le bien-être humain et animal au niveau international[1] . Renforcer la reconnaissance des pratiques respectueuses du BEA via les processus de labellisation peut (…)
Ctinyurl.com/mry3ys6k
AURIANE LAMY & COLINE PHILIP MOTS-CLÉS : BIODIVERSITÉ, INDUSTRIE AGROALIMENTAIRE, RSE, DURABILITÉ
ontraction de « biologique » et « diversité », le terme biodiversité est apparu en 1986. C’est un terme dit polysémique, c’est-à-dire qu’il existe des quantités de Cmanières de concevoir la biodiversité, de s’en préoccuper et de la gérer. La définition retenue ici est « la variabilité des organismes vivants de toute origine […] et les complexes écologiques qui en (…)
Ltinyurl.com/zx2ewdbs
ROMAIN GIRARDOT MOTS-CLÉS : COLLECTIF, AOP, DURABILITÉ, ENVIRONNEMENT, TERRITOIRE ’article 48 de la loi EGAlim, dans sa première version du 30 octobre 2018, formalisait l’obligation des appellations d’origine protégée (AOP) laitières à se Lconformer à la certification environnementale de niveau 2 ou 3 (haute valeur environnementale), d’ici 2030. Un futur décret d’application devait entériner cette obligation et en préciser les contours et exigences (notamment le (…)
Utinyurl.com/ymmhtxtw
MORGANE LAURENS MOTS-CLÉS : ESPACE-TEST AGRICOLE, FONCIER AGRICOLE, COLLECTIVITÉS, INSTALLATIONS, PAT
ne part grandissante des candidats à l’installation agricole en France est constituée de néo-paysans. Leur profil sociologique particulier rend leur instalUlation difficile. Ils sont pourtant porteurs de projets respectueux de l’environnement et d’une volonté de s’intégrer à un territoire. Autant de caractéristiques qui séduisent les collectivités, confrontées à la (…)
Stinyurl.com/2p8efzft
MOTS-CLÉS : AGRICULTRICE, SECTEUR PRIVÉ, MARQUE, LABEL, ASSOCIATION, FEMMES
elon un sondage d’Agrigenre[1] de 2020, dans l’imaginaire de 75 % des personnes interrogées, les agriculteurs sont avant tout des hommes. Ce n’est donc pas Sétonnant que le terme « agricultrice » n’ait fait son entrée dans le dictionnaire Larousse qu’en 1961…
Totalement invisibilisées jusque dans les années 1960, il faudra attendre la fin du XX[e] siècle pour que les agricultrices accèdent (…)