JIPAD 2020 v_import

THEME 01. Paysages alimentaires  : les comprendre, les habiter, pouvoir les construire

Le changement des pratiques alimentaires via la sensibilisation du consommateur est régulièrement considéré comme un levier pertinent pour permettre à tous d’accéder Là une alimentation saine, de qualité et plus respectueuse de l’environnement.

La géographe Alice Nikolli définit un « paysage alimentaire » comme « ce que connaissent les acteurs de leur environnement alimentaire et la façon dont ils se le représentent » (Nikolli, 2016). Cette définition permet de prendre en compte à la fois des éléments matériels (offre alimentaire) et immatériels (les représentations). Ainsi, notre alimentation dépend en premier lieu de l’environnement alimentaire dans lequel nous évoluons, mais aussi de notre culture alimentaire : un rapport à la fois biologique, organoleptique et symbolique à l’alimentation (Corbeau, 2017), propre à chacun. La reconnaissance de la variété des cultures alimentaires, des valeurs, des représentations et des liens sociaux que ces cultures soustendent ainsi que leur intégration dans les projets et politiques publiques sont des facteurs de durabilité et de résilience. Comment alors allier transition alimentaire pour tous et respect des valeurs de chacun ?

Certains projets visent à permettre aux citoyens de prendre conscience de leur paysage

alimentaire, paysage que l’on peut mieux comprendre et modifier.

Le projet européen d’approvisionnement transfrontalier AROMA aborde la question de l’intégration des différences culturelles liées à l’alimentation dans les politiques publiques. La réflexion autour d’un outil d’analyse de l’interculturalité permettrait de classer et d’identifier ces différences, mais aussi de repérer les freins et les leviers pour la réalisation de projets communs.

Dans le cadre scolaire, comment rendre les plus jeunes capables de comprendre et de construire leur paysage alimentaire sans être prescriptif ? Dans l’enseignement primaire, les actions d’éducation à l’alimentation qui répondent aux enjeux à la fois environnementaux et nutritionnels se multiplient et sont diverses. L’analyse des dispositifs pédagogiques proposés par l’association Les petits tabliers, l’association Pic’assiette et l’Écolothèque de Montpellier permet de dégager plusieurs conditions d’efficacité : rendre les élèves actifs, intégrer les interventions dans un projet pédagogique multidisciplinaire, privilégier le long terme.

Le réseau Marguerite présente quant à lui une démarche de sensibilisation au lien entre agriculture et alimentation, destinée aux adolescents. Innovante, elle s’ancre dans les contextes

dans lesquels ces derniers évoluent et invite le collège à devenir facilitateur de transitions au sein du territoire, reconnu comme partenaire de la recherche, du monde agricole, des politiques locales et nationales.

D’autres projets cherchent à modifier l’environnement alimentaire pour entraîner les habitants dans une dynamique de prise de conscience.

Pour l’association Les Petites Cantines, lutter contre la précarité relationnelle en mangeant « durable » permet de faire du repas une occasion de tisser des liens sociaux et lutter contre l’isolement. Grâce à des cantines de quartier dans lesquelles tout le monde vient cuisiner et manger à prix libre, et dont l’approvisionnement est biologique et de proximité, les convives sont peu à peu sensibilisés aux principes de l’alimentation durable. Le modèle économique dépend toutefois fortement de l’investissement des maîtresses de maison.

À Lille-Hellemmes, un collectif d’architectes et d’urbanistes mène à la demande de la commune un projet multidimensionnel : la conception d’un paysage comestible dans la cité l’Épine. L’agriculture urbaine est, comme souvent, utilisée comme vecteur de lien social, au-delà du souci de production alimentaire. Cette démarche illustre à la fois le potentiel des projets d’agriculture urbaine mais aussi leur complexité, ainsi que le rôle essentiel de l’accompagnement et d’une démarche de réelle co-construction.

L’élaboration de ce socle commun va de pair avec des actions multipartenariales, permettant d’aborder les différentes dimensions de l’alimentation, notamment la réduction des inégalités d’accès et le développement du lien social. L’accompagnement du projet est aussi un facteur clé de succès. Cependant, la question de la temporalité reste en suspens. Si les projets proposent une approche holistique pour des effets à long terme, le soutien et les financements sont toutefois limités.

RÉFÉRENCES

CORBEAU J.-P., 2017. Les effets pervers de l’information nutritionnelle sur les enfants et les adolescents. Réalités en Nutrition, 17, 8-23.

NIKOLLI A., LE GALL J., LAVAL M., 2016. Les marges sociales et les franges agricoles se tournent-elles le dos ? Une analyse des paysages alimentaires dans le quartier des Minguettes, Vénissieux. Projets de paysages, 13.

La connaissance de leur paysage alimentaire par les citoyens et leur participation à la construction de celui-ci ne doivent pas avoir comme objectif un modèle vertueux uniforme et imposé. Les différents projets que nous avons étudiés cherchent à faire émerger des principes de durabilité partagés par l’ensemble des participants, tout en reconnaissant la diversité des cultures alimentaires.

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THEME 02. La terre, l’eau, la biodiversité  : les enjeux prioritaires pour réunir citoyens et collectivités autour de la transition alimentaire

Les systèmes alimentaires en Europe sont aujourd’hui dominés par le modèle agro-industriel caractérisé par une agriculture intensive, de longues chaînes Ld’approvisionnement, des oligopoles de l’agroalimentaire, ainsi que le verrouillage de la politique agricole commune. Ce modèle montre aujourd’hui ses limites. L’artificialisation des terres, la monoculture, l’utilisation d’intrants chimiques sont sources de pollutions, portent préjudice à la biodiversité et ne permettent pas de répondre aux problématiques du dérèglement climatique. En outre, ce modèle agro-industriel contribue à accentuer le phénomène de distanciation, notamment par une perte de confiance des consommateurs en leur alimentation, phénomène particulièrement prégnant dans les villes ou en zone périurbaine où les espaces agricoles sont menacés par une urbanisation croissante.

Face à ce constat, de nombreuses initiatives visant à développer des modèles « alternatifs » se sont développées aussi bien dans les zones

urbaines que périurbaines, ou encore en campagne, dans le but de reconnecter l’alimentation aux territoires et de rendre le système alimentaire plus durable. Qu’elles soient impulsées par des citoyens engagés et associations militantes ou qu’elles découlent de la mise en place de politiques publiques par des collectivités, elles ont toutes comme dénominateur commun une volonté forte d’impulser un changement.

Fédérer des agriculteurs aux pratiques plus durables au moyen de l’approvisionnement en restauration collective, créer une ferme agroécologique et créatrice de lien social, mettre en place une gouvernance alimentaire locale et participative ou consolider une politique alimentaire grâce à l’implication de citoyens : voici plusieurs initiatives pour impulser ce changement.

À Rennes, la Ville et la collectivité des eaux veulent accélérer la transition agroécologique en accompagnant des producteurs situés en amont des aires de captage d’eau du bassin rennais. En réponse à une problématique de préservation

de la qualité de l’eau, ce projet, baptisé Terres de Sources, se distingue notamment par la rémunération des producteurs engagés dans la démarche pour leurs services environnementaux.

L’AgroEcoPôle du domaine de Mirabeau à Fabrègues cherche à réconcilier reconquête de la biodiversité et production agricole à travers la création d’une ferme agroécologique. Porté à la fois par des acteurs publics et des acteurs du monde associatif, ce projet multi-acteurs se veut également un laboratoire expérimental pour développer un modèle durable et faciliter la transition alimentaire tout en répondant à des enjeux sociaux.

Au Puy-Sainte-Réparade ou dans la plaine de la Huerta, des collectifs issus de la société civile et du privé se mobilisent pour préserver le foncier agricole. En France ou en Espagne, de simples citoyens et des producteurs s’unissent pour reprendre la main sur leur alimentation et construire des gouvernances alimentaires participatives plus durables.

Ces projets apportent des réponses innovantes pour développer des modèles alimentaires qui gèrent durablement les ressources et inventent de nouvelles façons de tisser des liens alimentaires entre les villes et la campagne.

Tous ont fait le pari d’une action collective et multi-acteurs en reprenant le contrôle des modes de production et de consommation sur leurs territoires pour répondre à la complexité des questions agricoles et alimentaires. Pour une bonne partie d’entre eux, l’objectif est aussi d’essaimer et de servir de référence à d’autres territoires.

Nous vous proposons de découvrir les outils qui sont utilisés pour articuler une gestion durable de la terre, de l’eau et de la biodiversité avec l’alimentation. Quelles sont les formes de gouvernance proposées pour leur mise en œuvre ? Et enfin, ces solutions pertinentes localement peuvent-elles servir de modèles et être répliquées dans d’autres contextes ?

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THEME 03. Des leviers pour plus de durabilité au sein des filières alimentaires

Une filière rassemble l’ensemble des phases d’un processus de production qui permettent de passer de la matière première au produit fini vendu sur le Umarché (dictionnaire Larousse). Dans le domaine alimentaire, les filières incluent donc un panel d’acteurs et d’activités, allant de l’amont agricole à la distribution, en passant par les industries, les coopératives, l’artisanat alimentaire et la restauration hors domicile.

Les crises sanitaires telles que celle de la maladie de la vache folle en 1996, les scandales comme celui de la viande de cheval dans les lasagnes au bœuf en 2013, mais aussi la médiatisation récente des conditions d’élevage et d’abattage ont provoqué une « crise de confiance » des consommateurs. Ces derniers attachent de plus en plus d’importance à la qualité, à l’origine et aux caractéristiques de production spécifiques d’une denrée. Cela a augmenté le devoir de transparence et de traçabilité des chaînes de production alimentaire.

Quelles améliorations ces problématiques liées à la confiance et à la transparence ont-elles amené dans les filières alimentaires ? Ces changements impliquent-ils de mettre en place de nouveaux outils technologiques ou encore de repenser la gouvernance de ces filières, par exemple en intégrant les pouvoirs publics ? Devant la complexité et l’ampleur de ces enjeux, il y a fort à parier que

les solutions pour rendre les filières plus durables doivent être envisagées de façon complémentaire.

Les initiatives des acteurs privés sont des moteurs essentiels dans le développement et la structuration de filières alimentaires plus courtes et plus locales. Seulement, elles ne suffisent pas toujours à développer durablement de nouvelles filières. La demande des consommateurs, le coût, les infrastructures ou encore le foncier peuvent être des obstacles à même d’entraver ce développement. Par exemple, la filière de chanvre alimentaire français manque d’unités de transformation locales et qui acceptent les petites récoltes ; il est donc difficile de valoriser ce produit innovant.

La mobilisation de la société civile est un autre exemple de levier pour répondre aux enjeux de durabilité. L’implication des consommateurs dans le domaine agroalimentaire s’est accrue, d’abord avec le besoin de disposer d’une information complète sur les filières, ainsi que sur la qualité nutritionnelle et sanitaire des denrées. Cette demande s’est ensuite étendue aux conditions de production et de fabrication des produits, qui reflètent l’impact environnemental, les risques industriels ou encore les conditions de travail des salariés. Nous allons voir le cas d’un outil technologique, la blockchain , qui permet de mettre à disposition l’information, et la manière dont il contribue à la transparence des filières alimentaires.

De plus, pour garantir la transparence et la durabilité, des certifications se développent, comme les normes de commerce équitable ou d’agriculture biologique. Elles garantissent la justesse de l’information et sont en ce sens des outils de transparence. Elles présentent en revanche des modes de gouvernance variés. Dans certains cas, le contrôle du cahier des charges de la certification est réalisé par un organisme certificateur externe, comme pour les labels de commerce équitable, dans d’autres cas l’audit est réalisé par des pairs impliqués dans la prise de décision. Ces différences peuvent induire des résultats divergents sur le renforcement de la durabilité des systèmes alimentaires. Nous verrons dans ce chapitre l’exemple du système participatif de garantie et son illustration au Burkina Faso.

Enfin, les acteurs publics peuvent réguler les filières alimentaires par le biais d’outils juridiques (réglementations) ou encore d’un soutien financier (subventions). Certaines filières certifiées, comme les systèmes participatifs de garantie,

ont des difficultés à se développer, en partie par manque de soutien des pouvoirs publics. La dernière synthèse présentée dans cette partie envisagera l’implication des pouvoirs publics pour renforcer la durabilité des filières et les rendre davantage visibles, à travers l’exemple du commerce équitable.

Dans les quatre synthèses de ce chapitre, des solutions au développement de filières plus transparentes et plus durables sont analysées :

  • →Le développement de la filière du chanvre alimentaire en France avec l’exemple de la marque Nunti-Sunya.
  • →Comment la nouvelle technologie blockchain peut-elle être un levier innovant permettant de rendre plus transparente l’information au sein des filières alimentaires ?
  • →Le système participatif de garantie : une solution pertinente au Burkina Faso ?
  • →Vers une gouvernance publique du commerce équitable pour rendre visible et développer le secteur.
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