Les outils de relocalisation et de reterritorialisation

Chapitre n°1

accélération de l’urbanisation, l’apparition d’un capitalisme industriel et l’augmentation des échanges mondiaux ont induit deux phénomènes synchroL’nisés : la production alimentaire n’a cessé de s’éloigner des consommateurs à mesure que la concentration des besoins alimentaires augmentait.

De nombreux enjeux de sécurité alimentaire pèsent à présent sur les villes, sièges de toutes les croissances (démographique, économique, en termes de pollutions, etc.). L’étalement urbain entraîne une forte baisse de la surface agricole là où la croissance démographique entraîne une hausse de la demande de produits agricoles. De même, le changement des pratiques alimentaires nous amène à consommer des produits parcourant des distances de plus en plus importantes.

Cet éloignement progressif entre producteurs et consommateurs se traduit de nombreuses manières : problèmes de résilience alimentaire ; méconnaissances des conditions de production ; interrogations sur la qualité du produit, son impact environnemental, son origine ; etc.

En réponse à ces problématiques, des pouvoirs publics et des consommateurs montrent une volonté croissante de relocaliser les systèmes alimentaires. À cet engouement pour le local s’ajoute sur de nombreux territoires une volonté de « reterritorialiser ». Au-delà de rapprocher le lieu de production du lieu de consommation, les citoyens et les pouvoirs publics locaux souhaitent rétablir la concorde entre

les acteurs des territoires, valoriser leurs spécificités et accroître leur coopération et la concertation.

Malgré l’engouement que suscitent la relocalisation et la reterritorialisation de l’alimentation, leur capacité à répondre aux enjeux précédents doit être interrogée et étudiée. En effet, les circuits courts de proximité ne répondent pas systématiquement à l’ensemble des dimensions de la durabilité : ils ont une consommation d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre parfois plus importants que les filières longues, une rentabilité économique variable, une organisation logistique pouvant se révéler complexe pour les agriculteurs, etc.

Dans ce chapitre, nous vous proposons de découvrir trois innovations qui ne considèrent pas le local comme une finalité mais bien comme un moyen de rendre durables nos systèmes alimentaires :

  • →Le drive « zéro déchet » La Palanche est un nouveau circuit de distribution développé par quatre citoyens engagés qui a su allier réduction des déchets plastiques et valorisation d’une production locale et durable. Cette innovation illustre comment des citoyens, au-delà d’être des mangeurs passifs, deviennent des consommateurs actifs en s’impliquant dans le renouvellement du système alimentaire. Motivés par de nouvelles valeurs de durabilité et de justice alimentaire, ils développent des innovations à l’échelle de leur territoire pour modeler l’alimentation qu’ils souhaitent voir dans leur assiette.
  • →Le calculateur en ligne CRATer, développé par l’association Les Greniers d’Abondance, est le premier outil d’évaluation de la résilience alimentaire d’un territoire. Il permet d’effectuer un diagnostic territorial sur plusieurs dimensions, comme la capacité d’un territoire à produire ce qu’il consomme ou ses pratiques agricoles, et propose plusieurs leviers d’action pour améliorer sa performance.
  • →Les marchés d’intérêt national (MIN) sont des marchés destinés aux professionnels et des outils publics historiques du territoire, qui, redéployés par les pouvoirs publics locaux, peuvent jouer un rôle clé dans les démarches de relocalisation et reterritorialisation. Des dispositifs innovants de trois MIN (de Bordeaux Brienne, de Toulouse et du marché de gros de Lomme) présentés dans ce chapitre illustrent comment l’outil peut permettre de structurer et développer l’offre locale, la rendre plus durable ou encore initier des démarches de collaboration entre les différents maillons des systèmes alimentaires locaux.

Ces projets témoignent de la diversité des initiatives qui émergent autour de la relocalisation. À différents niveaux et portés par une pluralité d’acteurs, ces outils interpellent sur la nécessité de développer des systèmes alimentaires localisés, proposent de nouvelles façons de penser notre consommation et réinventent les circuits de commercialisation traditionnels.

Tous illustrent comment le développement ou le redéploiement d’outils peuvent contribuer à la relocalisation et à la reterritorialisation de notre alimentation. Surtout, ces initiatives permettent de s’interroger sur les finalités de ces démarches et sur quels en sont les résultats et les limites.


Les MIN, des outils au service de la relocalisation des systèmes alimentaires ?

Avimeo.com/531760029
Les MIN, des outils au service de la relocalisation des systèmes alimentaires ? SOLENNE JAUPITRE MOTS-CLÉS : MARCHE D’INTÉRÊT NATIONAL, STRUCTURATION DES FILIÈRES LOCALES, LOGISTIQUE ALIMENTAIRE, DYNAMIQUES TERRITORIALES
ssociée à des attentes en matière de durabilité économique, sociale et environnementale, la consommation de produits locaux est de plus en plus Aplébiscitée par les consommateurs, aussi bien lors de leurs courses alimentaires que dans le cadre de la (…)


CRATer, un outil d’évaluation de la résilience des territoires au service des collectivités

Lvimeo.com/531762515
ANGE VILLEVIEILLE MOTS-CLÉS : RÉSILIENCE ALIMENTAIRE, AUTOSUFFISANCE es résultats scientifiques des vingt dernières années n’offrent plus la moindre place au doute. Alors que nous nous évertuons à ranimer un modèle productiviste Là l’origine de la plupart des désastres écologiques et sociaux contemporains, que nous sapons les conditions d’existence même de la plupart des vivants sur Terre en épuisant les ressources naturelles indispensables à notre activité économique, (…)


La Palanche, un drive « zéro déchet » qui promeut l’alimentation durable

Avimeo.com/531761164
MARIE MAY MOTS-CLÉS : CIRCUITS COURTS DE PROXIMITÉ, DRIVE, ZÉRO DÉCHET, RELOCALISATION ujourd’hui dans le monde, près de 40 % du plastique est dédié à la production d’emballages, dont la grande majorité finit dans notre poubelle au bout de Aquelques jours, voire quelques heures (WWF France, 2020). Devenus des matériaux omniprésents dans notre quotidien, les emballages plastiques accumulent aujourd’hui de plus en plus de griefs à leur encontre du fait de leur rôle (…)