Paysages alimentaires : les comprendre, les habiter, pouvoir les construire
Le changement des pratiques alimentaires via la sensibilisation du consommateur est régulièrement considéré comme un levier pertinent pour permettre à tous d’accéder Là une alimentation saine, de qualité et plus respectueuse de l’environnement.
La géographe Alice Nikolli définit un « paysage alimentaire » comme « ce que connaissent les acteurs de leur environnement alimentaire et la façon dont ils se le représentent » (Nikolli, 2016). Cette définition permet de prendre en compte à la fois des éléments matériels (offre alimentaire) et immatériels (les représentations). Ainsi, notre alimentation dépend en premier lieu de l’environnement alimentaire dans lequel nous évoluons, mais aussi de notre culture alimentaire : un rapport à la fois biologique, organoleptique et symbolique à l’alimentation (Corbeau, 2017), propre à chacun. La reconnaissance de la variété des cultures alimentaires, des valeurs, des représentations et des liens sociaux que ces cultures soustendent ainsi que leur intégration dans les projets et politiques publiques sont des facteurs de durabilité et de résilience. Comment alors allier transition alimentaire pour tous et respect des valeurs de chacun ?
Certains projets visent à permettre aux citoyens de prendre conscience de leur paysage
alimentaire, paysage que l’on peut mieux comprendre et modifier.
Le projet européen d’approvisionnement transfrontalier AROMA aborde la question de l’intégration des différences culturelles liées à l’alimentation dans les politiques publiques. La réflexion autour d’un outil d’analyse de l’interculturalité permettrait de classer et d’identifier ces différences, mais aussi de repérer les freins et les leviers pour la réalisation de projets communs.
Dans le cadre scolaire, comment rendre les plus jeunes capables de comprendre et de construire leur paysage alimentaire sans être prescriptif ? Dans l’enseignement primaire, les actions d’éducation à l’alimentation qui répondent aux enjeux à la fois environnementaux et nutritionnels se multiplient et sont diverses. L’analyse des dispositifs pédagogiques proposés par l’association Les petits tabliers, l’association Pic’assiette et l’Écolothèque de Montpellier permet de dégager plusieurs conditions d’efficacité : rendre les élèves actifs, intégrer les interventions dans un projet pédagogique multidisciplinaire, privilégier le long terme.
Le réseau Marguerite présente quant à lui une démarche de sensibilisation au lien entre agriculture et alimentation, destinée aux adolescents. Innovante, elle s’ancre dans les contextes
dans lesquels ces derniers évoluent et invite le collège à devenir facilitateur de transitions au sein du territoire, reconnu comme partenaire de la recherche, du monde agricole, des politiques locales et nationales.
D’autres projets cherchent à modifier l’environnement alimentaire pour entraîner les habitants dans une dynamique de prise de conscience.
Pour l’association Les Petites Cantines, lutter contre la précarité relationnelle en mangeant « durable » permet de faire du repas une occasion de tisser des liens sociaux et lutter contre l’isolement. Grâce à des cantines de quartier dans lesquelles tout le monde vient cuisiner et manger à prix libre, et dont l’approvisionnement est biologique et de proximité, les convives sont peu à peu sensibilisés aux principes de l’alimentation durable. Le modèle économique dépend toutefois fortement de l’investissement des maîtresses de maison.
À Lille-Hellemmes, un collectif d’architectes et d’urbanistes mène à la demande de la commune un projet multidimensionnel : la conception d’un paysage comestible dans la cité l’Épine. L’agriculture urbaine est, comme souvent, utilisée comme vecteur de lien social, au-delà du souci de production alimentaire. Cette démarche illustre à la fois le potentiel des projets d’agriculture urbaine mais aussi leur complexité, ainsi que le rôle essentiel de l’accompagnement et d’une démarche de réelle co-construction.
L’élaboration de ce socle commun va de pair avec des actions multipartenariales, permettant d’aborder les différentes dimensions de l’alimentation, notamment la réduction des inégalités d’accès et le développement du lien social. L’accompagnement du projet est aussi un facteur clé de succès. Cependant, la question de la temporalité reste en suspens. Si les projets proposent une approche holistique pour des effets à long terme, le soutien et les financements sont toutefois limités.
RÉFÉRENCES
CORBEAU J.-P., 2017. Les effets pervers de l’information nutritionnelle sur les enfants et les adolescents. Réalités en Nutrition, 17, 8-23.
NIKOLLI A., LE GALL J., LAVAL M., 2016. Les marges sociales et les franges agricoles se tournent-elles le dos ? Une analyse des paysages alimentaires dans le quartier des Minguettes, Vénissieux. Projets de paysages, 13.
La connaissance de leur paysage alimentaire par les citoyens et leur participation à la construction de celui-ci ne doivent pas avoir comme objectif un modèle vertueux uniforme et imposé. Les différents projets que nous avons étudiés cherchent à faire émerger des principes de durabilité partagés par l’ensemble des participants, tout en reconnaissant la diversité des cultures alimentaires.
MOTS-CLÉS : AGRICULTURE URBAINE, QUARTIERS PRIORITAIRES, LIEN SOCIAL, PARTICIPATION CITOYENNE
Épine est un quartier exceptionnellement vert avec un paysage de grande qualité. Ancienne cité de cheminots construite dans les années 1970, il L’abrite aujourd’hui une mixité sociale et culturelle mais souffre de son isolement, d’une mauvaise image et de difficultés socioéconomiques. Dans le cadre de la politique de la ville, le centre communal d’action sociale (CCAS) a pensé à l’agriculture (…)
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MOTS-CLÉS : LIENS SOCIAUX, ALIMENTATION DURABLE, GENRE, MIXITÉ SOCIALE, HABITUDES ALIMENTAIRES
Les Petites Cantines ont été fondées en 2015, partant du potentiel de solidarité présent dans les relations entre voisins, mais qui tend à disparaître dans les Lgrandes villes où l’anonymat règne souvent. Pour l’association, le repas est un prétexte de rencontres permettant, in fine , l’entraide entre habitants d’un même quartier. Le repas est également (…)
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MOTS-CLÉS : ÉDUCATION AGRI-ALIMENTAIRE, ADOLESCENT • E, INTERDISCIPLINAIRE, RÉSEAU, ANCRAGE TERRITORIAL
Dans les discours sur la transition alimentaire et l’ empowerment[1] en réponse aux problématiques de notre siècle, on entend peu parler de la Dplace de l’adolescent•e. Les actions du réseau Marguerite nous montrent pourtant que la jeune génération, avec l’accompagnement de l’Éducation nationale, peut jouer un rôle moteur. L’association « (…)
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MOTS-CLÉS : ÉDUCATION À L’ALIMENTATION, COMPORTEMENTS ALIMENTAIRES, POLITIQUES PUBLIQUES, ÉCOLE ÉLÉMENTAIRE, PROJET PÉDAGOGIQUE
Parmi les divers leviers de transition vers une alimentation plus durable, l’éducation à l’alimentation est souvent invoquée comme incontournable. En Préponse à des enjeux à la fois nutritionnels et environnementaux, cette éducation vise à conduire les consommateurs à faire des choix favorables pour la santé et l’environnement, au sein (…)
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MOTS-CLÉS : PROJETS INTERTERRITORIAUX, SOCIOLOGIE DE L’ALIMENTATION, DIFFÉRENCES CULTURELLES, REPRÉSENTATIONS, PRATIQUES l y a assez peu de sujets qui cristallisent autant les habitudes culturelles que l’alimentation » déclare Ariane Fragnon, « Idoctorante en sociologie de l’alimenta-tion (Fragnon, 2020). Si se nourrir est un besoin vital, nous ne mangeons pas tous de la même manière. Ainsi la socioanthropologie de l’alimentation établit et (…)