JIPAD 2018

Dans un format original et dynamique basé sur des courtes vidéos, les 25 étudiants de la promotion 2017-2018 des formations ISAM-IPAD ont analysé et présenté, le 05 avril 2018, des innovations, déjà développées ou encore à l’état de concept, susceptibles de jouer un rôle dans le renforcement de la durabilité des systèmes alimentaires.

Cinq thématiques ont été balayées :

  • Nos déchets ont de la ressource !
  • Et si l’alimentation nourrissait l’insertion ?
  • Les acteurs publics, piliers d’un changement politiquement durable
  • Quand les circuits de distribution se réinventent
  • Innover pour la durabilité oui, mais pas tout seul !

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La conférence inaugurale de la JIPAD 2018 par Nicolas Bricas :

THEME 1. SESSION 2 Quand les circuits de distribution se réinventent

La distribution a toujours constitué le der-nier maillon dans la chaîne de valeur des filières alimentaires. Dans les années 1950 se sont développées les grandes enseignes de distribution telles que nous les connaissons aujourd’hui. Ce développement s’est accompagné d’une diminution du nombre de commerces et marchés de proximité, ainsi que de l’apparition de circuits de commercialisation favorisant les filières longues et les acteurs intermédiaires (négociants, centrales d’achat).

Ce modèle présentait plusieurs avantages. Le consommateur était assuré de trouver tous les biens de consommation au même endroit, ce qui facilitait l’acte d’achat et apportait un sentiment de modernité. Le commerçant avait la possibilité de stocker les marchandises en plus grande quantité, tout en garantissant la sécurité sanitaire et la qualité des produits, et pouvait obtenir de meilleurs tarifs du fait d’une négociation sur des volumes d’achat plus importants.

Néanmoins, différentes problématiques remet-tant en cause ce mode d’organisation sont apparues. Force a été de constater que ce modèle était facteur de gaspillage, de déchets, d’inégalités sociales et de distanciation entre les mangeurs et la provenance de l’alimentation. La praticité offerte par les circuits de distribution ne semble alors pas pouvoir rimer avec durabilité économique, sociale et environnementale.

Une certaine défiance des consommateurs envers ce modèle de distribution s’est donc installée, soutenue par différentes crises sanitaires et par la prise de conscience de l’inégalité de répartition de la valeur ajoutée au sein des filières alimentaires. Cela s’est traduit par une forte demande sociétale pour plus de proximité entre production agricole et consommation (70 % des consommateurs déclarant ainsi vouloir « manger local »), qui a émergé dans les années 2000, et on assiste depuis à un essor et un développement des circuits courts sous des formes aussi variées que nombreuses : paniers, drives, marchés paysans, magasins de producteurs, etc.

Dans ce contexte, de nombreuses initiatives innovantes apparaissent sur les territoires, avec comme objectif de réinventer la distribution. Elles ont pour point commun de vouloir recréer du lien social, de la justice et de la proximité au sein des filières, tout en permettant d’assurer transparence et traçabilité.

C’est ce dont témoignent les cinq innovations présentées dans ce chapitre.

Sur le MIN de Montpellier, la volonté est de pro-mouvoir et pérenniser les filières locales grâce à la structuration d’une offre garantissant proximité, fraîcheur et qualité. En jouant un rôle d’interface commerciale et technique, le MIN de Montpellier permet de rapprocher et de faciliter les synergies entre tous les opérateurs de la chaîne de valeur, de la production à la commercialisation en passant par la transformation.

Pour les entreprises qui se lancent dans un commerce équitable « Nord / Nord », le paiement d’un prix juste et l’engagement dans la durée avec les producteurs agricoles permet de garantir un commerce plus vertueux, soutenant l’agriculture paysanne et contribuant à une meilleure répartition de la valeur ajoutée au sein des filières.

Vrac’n Roll contribue à faciliter l’accès à une alimentation plus durable pour tous, en associant agriculture biologique, produits vendus en vrac et e-commerce.

Avec O’Cbon, la restauration d’entreprise peut s’approvisionner de manière plus responsable, favoriser les produits locaux et mieux gérer ses déchets : les salariés des entreprises « redécouvrent » ainsi leur pause déjeuner.

Enfin, faisant le constat que de nombreux agriculteurs sont victimes de la pauvreté, de l’insécurité alimentaire et des inégalités, les Restos du Cœur de l’Hérault développent un approvisionnement local avec le double objectif de soutenir la production de proximité et d’offrir une aide alimentaire plus fraîche et diversifiée.

Chacune des initiatives présentées se propose donc d’accompagner le changement vers une consommation plus durable et responsable, en permettant aux différents acteurs des filières de se réapproprier les circuits de commercialisation.

Elles posent néanmoins toutes la question du changement d’échelle : comment ces initiatives peuvent-elles croître tout en conservant leurs valeurs et en continuant à respecter leur engagement de durabilité ?

Karim Barhoumi, Mary-Anne Bassoleil, Anne-Cécile Brit, Aurélien Despinasse, Victor Giguet-Chevalier, Lucie Poline

Note au lecteur : Ce texte a été co-construit avec Marion MAZEL, qui a présenté cette session lors de la Jipad 2018. Marion Mazel, diplômée ISAM en 2016, est actuellement chargée de la structuration de l’offre au MIN de Montpellier. Nous tenions à la remercier ici pour son aide et son intervention.

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THEME 2. SESSION 3 L’alimentation comme levier d’insertion sociale

Aujourd’hui, en France et dans le monde, de nombreuses personnes vivent toujours dans une situation de grande précarité, à la fois sociale et économique. En 2015 en France métropolitaine, 8 % de la population se situait en-dessous du seuil de pauvreté monétaire fixé à 50 % du revenu médian, soit 705 € mensuels pour une personne seule, et 14,2 % en-dessous du seuil de pauvreté monétaire fixé à 60 % du revenu médian, soit 1 015 € mensuels (Insee, 2017). Cette situation, qui concerne un nombre important de personnes partout dans le monde, est bien loin de se résumer à une question économique, de plus en plus de personnes étant « socialement exclues ».

L’exclusion a de multiples corollaires : mal-logement, dégradation des conditions d’accès aux soins, ou encore refus bancaire. Le terme d’exclusion sociale désigne d’après l’organisation internationale du travail « un état de pauvreté qui empêche les individus d’accéder aux conditions de vie qui leur permettraient à la fois de satisfaire leurs besoins essentiels (nourriture, éducation, santé, etc.) et de participer au développement de la société dans laquelle ils vivent » (Smelser et Baltes, 2001).

Certaines catégories sont plus vulnérables et se retrouvent plus fréquemment concernées par l’exclusion sociale, les facteurs favorisant celles-ci étant notamment : le sexe (femmes, mères célibataires), l’âge (jeunes d’une part, seniors d’autre part), la présence d’un handicap, la catégorie socioéconomique, ou encore la localisation géographique.

Face à ces constats, une société plus inclusive, c’est-à-dire qui « s’adapte aux différences de la personne, va au-devant de ses besoins afin de lui donner toutes les chances de réussite dans la vie » (Hadège, 2011) semble nécessaire.

L’insertion des personnes en situation d’exclusion peut être favorisée et encouragée par une variété de mesures et de dispositifs, comme l’insertion par l’activité économique (chantiers et entreprises d’insertion), l’accompagnement des personnes en situation de handicap vers le retour à l’emploi (ESAT ou entreprises adaptées), ou encore l’accompagnement vers des formations professionnalisantes. Quelle que soit la forme prise par ces dispositifs, la construction du pro-jet de vie à travers le travail apparaît être le grand intégrateur : le projet Food2rue en France et le programme AFOP au Cameroun décryptés dans ce chapitre en sont l’illustration.

En voici quelques mots :
→ Food2Rue est une association parisienne qui a souhaité permettre à des femmes éloignées de l’emploi de se réinsérer professionnellement et socialement, grâce à un dispositif d’insertion adapté à leurs contraintes. Avec un chantier d’insertion et une coopérative d’activité et d’emploi sur le secteur de la cuisine de rue, Food2rue œuvre pour que les femmes deviennent actrices de leur réinsertion.
→ AFOP est un programme camerounais de formation-insertion pour les jeunes dans l’agriculture : son approche co-construite engage les acteurs territoriaux et le gouvernement à mettre en place un dispositif durable, apte à installer des jeunes producteurs capables d’agir dans la réalité complexe de la gestion quotidienne de leur activité agricole. Le jeune exploitant augmente l’attractivité du métier agricole, de par son inclusion sociale au sein du territoire.

Par ailleurs, l’insertion ne se traduit pas uniquement par l’emploi : certains individus sont dans l’incapacité d’occuper un emploi classique. L’insertion prend alors une autre forme, en permettant de rendre visible une catégorie de personnes vis-à-vis du reste de la population par le biais de son activité, comme l’illustre le pro-jet « les jardins du Mas », présenté dans ce chapitre. Celui-ci est un projet d’implantation d’une exploitation maraîchère biologique au sein d’un foyer de vie de personnes en situation de handicap mental, mis en place par l’association Agapei 13. Il a pour buts de développer une activité remobilisante pour les résidents, de permettre à une jeune maraîchère de s’installer plus facilement, en bénéficiant d’un débouché stable, et d’approvisionner la cantine de l’établissement.

Tous ces projets s’inscrivent dans le domaine de l’alimentation. Les filières agroalimentaires et le système alimentaire dans son ensemble représentent un enjeu important pour l’insertion et l’inclusion de personnes caractérisées par différentes formes de vulnérabilité. En effet, les filières agroalimentaires, par leur poids économique, représentent un gisement d’emplois très important. Avec sept cent vingt mille emplois en France, les filières agricoles et alimentaires, et principalement leur secteur industriel, représentent le deuxième employeur national (Fondation Daniel et Nina Carasso, 2017). De plus, par leur structure atomisée et leur maillage très serré sur l’ensemble du territoire, les acteurs économiques agricoles et alimentaires constituent des leviers pertinents pour répondre à des problématiques économiques locales. Même constat au Cameroun, où les métiers agricoles, même si pour la plupart informels et vulnérables à cause de revenus faibles et du manque de services d’appui, contribuent de façon significative à l’économie nationale et à l’état de sécurité alimentaire du pays.

Le secteur de l’alimentation durable est d’autant plus porteur qu’il correspond à une demande sociétale émergente. Son essor présente de multiples opportunités d’emploi ou de création d’activité, à tous les niveaux du système alimentaire, aussi bien en milieu urbain que rural. Ainsi, le Réseau Cocagne relie depuis plus de vingt ans insertion par l’emploi et agriculture durable. Pauline Chatin a rejoint ce réseau avec la création des Vignes de Cocagne, première exploitation viticole biologique à but d’insertion. Invitée à introduire la thématique de l’insertion lors de la Jipad 2018, elle évoque des leviers qui restent selon elle à mieux activer : des politiques permet-tant de renforcer le potentiel des filières agricoles en matière d’insertion, des solutions qui puissent inclure une plus grande diversité de citoyens en situation d’exclusion, par exemple les personnes handicapées, des formes d’insertion qui génèrent un impact positif en terme d’inclusion dans un territoire obtenu grâce à la réinsertion. Les trois innovations présentées dans ce chapitre interrogent également ces leviers et les défis auxquels ils répondent.

Estelle Jacq, Lucas Le Gall, Andrea Limiroli

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THEME 3. SESSION 4 Les acteurs publics, piliers d’un changement politiquement durable

Aujourd’hui, l’accroissement de la population mondiale fait couler beau-coup d’encre. Néanmoins, l’urbanisation prend également de l’ampleur : selon la FAO, 60 % des habitants de la planète vivent actuellement en zone urbaine, contre 80 % estimés pour 2050. Nous serons alors 10 milliards d’êtres humains sur Terre, soit 8 milliards à habiter en ville.

Ces chiffres amènent à remettre en question les fonctionnements de la société contemporaine et soulèvent de nombreux enjeux : économiques, sociaux, environnementaux, urbanistiques, alimentaires, etc. Une question se pose alors : pour-ra-t-on continuer à alimenter une population grandissante et majoritairement urbaine de la même manière qu’aujourd’hui ?

L’épuisement des ressources, le réchauffement climatique, l’augmentation des maladies alimentaires, et les inégalités d’accès à une alimentation digne et en quantité suffisante – pour ne citer que ces problèmes – nous laissent à penser que non. C’est en grande partie pour ces raisons que construire de nouvelles politiques urbaines, agricoles et alimentaires est un enjeu majeur du 21e siècle.

Ces dernières années, les crises financières et sanitaires, ainsi que les difficultés à mettre en place des politiques de développement viables à toutes les échelles ont participé à la perte de confiance des citoyens envers les États-nations. De nouveaux acteurs, tels que le secteur privé et les organisations de la société civile, commencent ainsi à s’emparer des enjeux que représentent la croissance démographique, l’urbanisation et l’alimentation de la planète.

Les collectivités territoriales sont de plus en plus nombreuses à s’engager dans la transition vers des systèmes alimentaires plus durables. Les territoires et les villes semblent particulièrement adaptés à la mise en place de nouvelles dynamiques : ils permettent d’appréhender avec plus de facilité toutes les facettes du système alimentaire en fonction de ses particularités environnementales, sociales, économiques, politiques et culturelles. Et cela de la production à la consommation, en passant par la gestion des déchets. Les acteurs de ces systèmes alimentaires plus durables y sont également plus près les uns des autres, ce qui peut participer à la mise en place de processus de collaboration et de création de projets multisectoriels. Aujourd’hui, il semble de plus en plus nécessaire qu’une coordination se fasse entre toutes les parties prenantes des systèmes alimentaires pour faire avancer la transition vers plus de durabilité. Ainsi, la motivation de coordination de tous ces acteurs peut être renforcée par un ancrage territorial, ces acteurs partageant a priori les mêmes caractéristiques géographiques et jouissant des mêmes possibilités fournies par leur environnement. Il semblerait que ce lien puisse engendrer un nouveau souffle pour la transition vers des systèmes alimentaires plus durables… D’ailleurs, soutenus par les collectivités locales et l’action publique, de nouveaux projets dans lesquels l’alimentation est au cœur des préoccupations émergent. Comme l’a dit Isabelle Touzard lors de la Jipad 2018, « quand on parle de volonté politique, il faut avoir conscience qu’il s’agit d’élus. Ils sont élus par des électeurs. Si les électeurs, au moment de leur choix, ne mettent pas en avant ces questions d’alimentation durable, les élus ne s’en préoccuperont pas forcément beaucoup. Les élus, notamment dans le cadre d’élections municipales, de proximité, sont très attentifs aux attentes, demandes et sollicitations des électeurs. Cette volonté poli-tique se construit aussi et surtout parce qu’il y a d’abord une volonté sociétale et une demande des consommateurs, des producteurs et d’autres acteurs ».

Les trois synthèses qui vont suivre proposent une étude de trois formes d’encadrement de projets visant la transition vers des systèmes alimentaires plus durables, où l’action publique se fait à diverses échelles et différents niveaux d’engagement, mais où la mise en réseau s’avère fondamentale. En premier lieu, nous nous intéresserons à la Maison d’éducation à l’alimentation durable (MEAD) de Mouans-Sartoux, un projet alimentaire territorial multisectoriel et inclusif porté par la municipalité. Ensuite, nous nous pencherons sur Let’s Food Cities, un projet de coopération inter-nationale entre villes pour aller vers des systèmes alimentaires plus durables, pour finir par l’étude de la Biovallée dans la Drôme, projet porté par plusieurs communautés de communes et soutenu par le conseil régional Rhône-Alpes.

Julia Lévêque, Veronica Bonomelli, Philippine De Lattre

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THEME 4. SESSION 5 L’action collective au service de l’innovation

L’action collective, définie comme étant l’action concertée d’un ensemble d’individus en vue de défendre des causes et des intérêts communs, est une notion souvent mobilisée en sciences politiques. Elle permet aux acteurs de s’organiser et d’être force de proposition pour développer des systèmes alimentaires plus durables. Ensemble, ils accroissent leur potentiel d’innovation et leur visibilité.

Tout au long de ce chapitre, vous découvrirez des initiatives collectives qui ont émergé en France, en Espagne et au Liban. Six modèles organisationnels sont décrits et analysés. Chacun à leur échelle, ils participent à la création de connaissances, à la mutualisation de savoir-faire ou permettent aux individus d’agir pour le développement de leur territoire.

Le premier article se concentre sur le rôle du partage de savoir-faire et de connaissances entre agriculteurs pour la diffusion de l’agroécologie. Il présente et compare deux initiatives : l’association Maraîchage Sol Vivant (MSV), créée par et pour des maraîchers dans l’objectif de « produire des aliments vivants, sur un sol vivant, pour une société humaine », et Osaé, une plateforme informatique de valorisation des pratiques agroécologiques, portée par l’entreprise associative Solagro.

Le projet de l’Atelier Paysan vise quant à lui à intégrer les pratiques et les connaissances des agriculteurs dans la conception d’outils et de machines. Il cherche à engager le collectif dans la réflexion autour de l’objet technique.

L’initiative EcoRegio cherche à créer des communautés d’investissement social autour de l’alimentation biologique en Catalogne. Elle favorise les synergies entre les différents acteurs de la chaîne de valeur et renforce l’économie locale, grâce à une implication active des citoyens qui investissent pour le développement d’entreprises durables.

La cinquième étude part à la rencontre d’un groupement d’agriculteurs réunis autour des valeurs de l’agroécologie, en Haute-Vienne. Ils développent un projet d’aide alimentaire grâce à la mise en culture de terrains communaux, le pro-jet « De la terre à l’assiette ».

La dernière initiative vise à valoriser et revitaliser la « freekeh » au Liban, un blé prémature et fumé, produit artisanal et ancestral dans la cuisine levantine. Des coopératives locales se sont investies dans cette production, suite à la co-conception d’un nouveau procédé de transformation qui respecte les standards internationaux de qualité.

Ces six initiatives ont été présentées lors de la Jipad 2018. Cette session sur la thématique de la coopération a été introduite par Joseph Le Blanc, gérant de la coopérative d’activité Terracoopa, qui soutient l’installation des paysans et la création d’activité par une dynamique collective, un hébergement juridique et la mutualisation des moyens de production. M. Le Blanc a notamment insisté sur la capacité des structures collectives à organiser la « coopétition » au sein d’un secteur, c’est-à-dire à faire travailler des acteurs économiques qui sont à la fois concurrents et collaborateurs.

Si l’action collective favorise l’innovation, ces travaux d’analyse soulèvent plusieurs questionnements. L’action collective prend-elle toujours en compte l’intérêt de tous ? À plusieurs va-t-on plus vite ? Comment diffuser l’action au-delà du collectif ? Se doter d’outils et méthodologies d’animation semble alors nécessaire pour créer une dynamique pérenne.

Lara Brion, Esther Diaz Perez, Chloé Dusacre, Aude Langlais, Camille Moulène, Imad Zouain

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THEME 0. SESSION 1 Nos déchets ont de la ressource

Le déchet est défini comme un produit que l’on destine à l’abandon. Cette notion est subjective, nourrie par des critères majoritairement culturels. Tant que l’objet reste la propriété d’un individu, il sera considéré comme une ressource. Par exemple, une chaise ne sera considérée comme un déchet qu’une fois jetée dans la rue ou amenée à la décharge. De plus, la gestion du déchet reste relativement inconnue pour celui qui le jette, créant une véritable distanciation cognitive.

Cependant, ce modèle linéaire « produire, consommer, jeter, oublier » atteint ses limites. D’une part, une forte augmentation des déchets a été observée au cours des quarante dernières années. D’autre part, l’épuisement des ressources naturelles pousse une population toujours grandissante à repenser leur exploitation et à optimiser leur utilisation. En réponse à ces constats, l’économie circulaire prône un nouveau paradigme, inversant la vision de rejet systématique du déchet en le transformant en ressource. À la manière d’un arbre qui perd ses feuilles, qui deviennent elles-mêmes un humus qui le nourrira, l’économie devrait être un cycle vertueux qui s’auto-alimente.

Changer les comportements serait donc nécessaire, mais cela ne doit pas seulement incomber à l’individu. Pour accompagner ce changement, il faut repenser les constructions sociales, organisationnelles et culturelles, ainsi que la réglementation liées aux déchets.

L’application de ces nouveaux concepts peut par exemple être illustrée par la valorisation des bio-déchets en compost. Léa Egret, coprésidente de l’association Compostons et invitée à présenter la session « Nos déchets ont de la ressource ! » lors de la Jipad 2018, nous présente sa vision d’entrepreneuse et de femme de terrain.

« Je me suis toujours intéressée à la relation qu’avaient les hommes à la terre, à la cuisine et à la façon dont on pouvait devenir acteur du développement durable dans notre quotidien.

Il s’avère que j’ai atterri par hasard dans le compostage, qui est un très bon outil support pour parler de citoyenneté, de cycle du vivant, de responsabilisation, de déchet. Le compostage, on sait un peu tous ce que c’est : c’est la valorisation des biodéchets en amendement riche. Il y a plusieurs manières de le faire, on peut en faire dans son jardin, ensemble, au niveau de la collectivité, à la ferme... C’est une solution qui n’est pas unique et qui, si elle n’est pas techniquement complexe, demande des systèmes organisationnels différents.

Actuellement, chaque personne produit environ un kg d’ordures ménagères résiduelles (OMR) par jour, soit les déchets de la poubelle grise. Dans ces déchets il y a 30 % de biodéchets, qui vont très vite se dégrader et poser des problèmes de poubelles dont on a envie de se débarrasser. Extraire les putrescibles donne également plus de valeur aux autres déchets, qui peuvent être recyclés. C’est sûr que si la feuille de papier n’a pas croisé la sardine, la feuille de papier a beaucoup plus de valeur que quand elle est souillée et ne pourra qu’être incinérée ou enfouie.

Car actuellement, ce sont les deux grandes solutions qu’on a pour les déchets. Soit on les brûle, auquel cas on concentre les polluants dans un filtre qu’il faudra traiter, parce que la pollution ne disparaît pas : rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme. Soit on fait un grand trou, on met une grosse bâche, on remplit le trou et après on rebouche. Et ça fait de la méthanisation… En effet, privés d’oxygène, les biodéchets vont dégager du méthane, un important gaz à effet de serre. Ça fait aussi du lixiviat, qui est le jus des déchets, très riche en polluants, et qui menace aussi de conta-miner les sols et l’eau.

Du moment qu’on enlève les biodéchets de la poubelle et qu’on fait du compost, on donne de la valeur aux autres déchets, on permet de limiter le transport, parce qu’on peut passer moins sou-vent ramasser la poubelle, on diminue par trois le volume de la poubelle, et puis en plus on apprend plein de choses ! Parce qu’en faisant du compostage, on apprend à faire ensemble. Et je pense que le cœur de la transition, du changement de paradigme, c’est comment on arrive à s’entendre ensemble, à retrouver des responsabilités et à sortir de notre individualité, et ça c’est un gros défi. C’est un apprentissage, il faut un accompagnement, ça ne se fait pas tout seul, on n’a pas encore cette culture du faire ensemble.

On remet aussi la vie au cœur de la ville, c’est très important. De plus en plus, on a peur du vivant et c’est un gros problème. C’est grâce au vivant, aux milliers de bactéries, aux petits vers, aux petites bestioles que le cycle de la vie se maintient sur Terre. Il faut faire de la pédagogie, aller voir le vivant et lui redonner ses fonctions vitales, parler du cycle de la nature. Quel bonheur de voir qu’une petite graine peut faire une plante et de pouvoir manger les légumes qui viennent de cette plante-là !

Tous ces changements, ne serait-ce que le compostage à l’échelle d’un quartier, ça demande de la législation, des équipements adaptés, de l’accompagnement, des changements politiques, un vrai soutien politique ! Et puis ça demande aussi de trouver des modèles économiques qui soient durables pour créer des nouveaux métiers qui permettent de changer ces paradigmes. »

Les articles suivants présenteront des innovations sur concernant la revalorisation des biodéchets ménagers mais également des déchets des acteurs économiques, des coproduits d’industrie et de filières agricoles ou encore des eaux usées...

Bonne plongée dans nos poubelles !

Camille Acedo, Valeria Barchiesi, Claire Breit-Corbière, Clémentine Camara, Camille Lacour, Fanny Ocler, François Recoque

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