Découvrez l’ouvrage anniversaire des 10 ans de la Chaire Une écologie de l’alimentation.
Dessin de Nathalie Le Gall, 2021
Une écologie de l’alimentation
Une écologie de l’alimentation c’est :
- Le résultat d’une capitalisation de 10 ans de test d’une vision « globale » des enjeux alimentaires, reconnue utile par des acteurs aux visions fragmentées.
- Un propos d’étape qui n’est pas aboutissement mais plutôt ouverture à concevoir autrement l’alimentation et à en faire un champ expérimental pour repenser nos rapports au monde.
- L’ouverture à de multiples travaux avec le risque d’une éternelle incomplétude des explorations.
1. L’alimentation vue comme relations
« L’alimentation façonne nos vies […] Nous ne sommes peut-être pas conscients de son influence, mais elle est partout : même dans les parties de notre cerveau qui ne cessent de s’interroger sur le sens de la vie. Les effets de l’alimentation sont à tel point omniprésents qu’ils peuvent être difficiles à repérer, c’est pourquoi apprendre à voir à travers le prisme de l’alimentation peut être si révélateur. On perçoit une connectivité remarquable : une énergie qui circule dans notre corps et dans le monde, reliant et animant tout sur son passage. » Carolyn Steel, Sitopia (2020)
Chapitre 1. L’alimentation pour se relier à soi
Où il est annoncé que l’alimentation, au-delà de sa fonction biologique de préservation de la santé, nous relie à nous-même. Elle est source d’expériences sensorielles et de plaisirs, support de la construction de nos identités individuelles et collectives, et peut constituer une forme d’optimisation de soi. Ce que nous mangeons aujourd’hui façonne le devenir de nos corps et de nos esprits, et donc ce que nous serons demain.
Chapitre 2. L’alimentation pour se relier aux autres
Où l’alimentation est présentée comme un moyen de s’inscrire dans un collectif, de se relier à d’autres êtres humains : à table, lorsqu’on partage de la nourriture ; au marché, au travers des sociabilités qui s’instaurent dans les relations marchandes ; en voyage, quand la nourriture permet de découvrir la culture locale…
Chapitre 3. L’alimentation pour se relier à la biosphère
Où nous sommes invités à nous penser comme partie intégrante de la nature – voire même comme un écosystème complexe en soi – et à considérer les différentes manières dont l’alimentation nous met en lien avec l’espace qu’on occupe et avec le vivant que nous côtoyons et ingérons.
2. Les enjeux du système alimentaire contemporain
« Ce qui caractérise aujourd’hui aussi bien la consommation que la production alimentaires, c’est la tendance à la généralisation d’un modèle industrialisé qui se “tertiarise”. La consommation et la production de masse sont le résultat du processus d’industrialisation de l’ensemble des filières qui composent le système alimentaire. » Jean-Louis Rastoin, Le système alimentaire mondial (2010)
Chapitre 4. Aux origines de l’agriculture industrielle
Où l’on se plonge dans une histoire longue de l’agriculture, depuis une époque où celle-ci fonctionnait avec pour principale énergie le soleil et fournissait à la fois nourriture, énergie, matériaux et fertilisants, jusqu’à une époque, celle de l’agriculture industrielle, fondée sur l’usage massif de ressources non renouvelables et de la chimie, et majoritairement réduite à la production de nourriture.
Chapitre 5. L’industrialisation de l’offre alimentaire
Où l’on repère comment des évolutions techniques et économiques, qui ne sont pas propres au champ de l’alimentation, contribuent à transformer en profondeur l’offre alimentaire et favorisent l’émergence et la diffusion d’un modèle alimentaire industriel. Un modèle que l’on aurait toutefois tort de considérer comme un aboutissement de nos modes d’organisation alimentaire.
Chapitre 6. L’évolution des habitudes alimentaires
Où l’on découvre quelles sont les grandes évolutions sociétales contemporaines qui redessinent notre rapport à l’alimentation, pourquoi l’hypothèse d’une uniformisation des styles alimentaires doit être nuancée et comment l’évolution du rapport des mangeurs à leur alimentation peut être interprétée du point de vue des distanciations.
Chapitre 7. Les limites des systèmes alimentaires industrialisés
Où l’on découvre en quoi les systèmes alimentaires industrialisés génèrent des externalités négatives, aux niveaux environnemental, sanitaire, socio-économique et politique. L’identification de ces enjeux de durabilité conduit à assigner à ces systèmes non seulement la finalité de nourrir, mais aussi celle de contribuer activement à la viabilité de la biosphère et à un développement socio-économique inclusif et résilient.
3. L’alimentation au prisme de l’écologie
« L’écologie s’intéresse aux liens des vivants entre eux et avec leurs milieux. Elle conçoit les êtres non plus comme des atomes, mais comme des nœuds dans un réseau complexe d’interactions et d’interdépendances […]. Nous appartenons à des communautés nombreuses et entrelacées. Nos engagements et nos pratiques s’en trouvent dès lors transformés. » Virginie Maris, Corine Pelluchon et Pablo Servigne, Relions-nous ! (2021)
Chapitre 8. Pourquoi une approche écologique de l’alimentation ?
Où l’on remonte aux origines de l’écologie, comme discipline scientifique puis comme mouvement politique, et où sont exposés deux arguments justifiant l’adoption de l’écologie comme grille de lecture pour penser l’alimentation au regard de ses enjeux de durabilité : en tant que « science carrefour » de l’étude des relations et pour sa dimension politique.
Chapitre 9. Décloisonner les savoirs sur l’alimentation
Où nous sommes invités à considérer l’alimentation comme un objet multidimensionnel : nous découvrons ainsi comment les différentes disciplines scientifiques ont croisé leurs regards sur l’alimentation pour créer une vision partagée de ce sujet d’étude et de ses enjeux.
Chapitre 10. S’engager pour la transformation des systèmes alimentaires
Où l’on est invité à considérer l’alimentation comme un sujet politique. Il est ici question d’un engagement enthousiasmant qui permette de garder foi dans les transformations possibles. Et c’est avec cette foi chevillée au corps qu’il faut descendre dans l’arène mesurer sa force pour vaincre les résistances aux changements…
4. Discuter les mots d’ordre de l’alimentation durable
« La destinée des nations dépend de la manière dont elles se nourrissent. » Jean Anthelme Brillat-Savarin, Physiologie du goût (1825)
Chapitre 11. Faut-il doubler la production alimentaire pour nourrir le monde ?
Où l’on apprend comment les jeux d’acteurs dans les débats internationaux ont fait évoluer le concept de sécurité alimentaire et où l’on comprend que, depuis la crise des prix agricoles de 2008, le retour du mot d’ordre de doubler la production alimentaire à l’horizon 2050 par une fuite en avant technologique nous empêche de penser et discuter ce concept.
Chapitre 12. Fortifier les aliments pour lutter contre les carences ?
Où l’on apprend que la lutte contre les carences en micronutriments passe notamment par la diversification des régimes alimentaires ; une bonne manière de soutenir la diversité des productions. Pourtant, ce sont des solutions techniques comme la supplémentation ou la (bio)fortification, jugées plus innovantes, qui prédominent encore dans les politiques nutritionnelles pour répondre aux enjeux de malnutrition.
Chapitre 13. Vous reprendrez bien un peu de protéines ?
Où l’on découvre comment s’est historiquement construite la question des protéines et la manière dont elle est traitée aujourd’hui dans divers débats publics, en lien avec d’importants enjeux nutritionnels, économiques et environnementaux. La focalisation excessive sur les protéines risque de détourner l’attention de la nécessité de réduire la consommation alimentaire, mais également de se soustraire à des questions préoccupantes sur le statut des aliments et celui de l’animal.
Chapitre 14. Lutter contre le gaspillage alimentaire ?
Où l’on comprend que le gaspillage alimentaire, contre lequel il faudrait nécessairement lutter, a aussi des fonctions sociales. Et où on nous propose un point de vue qui relativise la responsabilité des consommateurs qui ne géreraient pas correctement leurs flux alimentaires, pour reconnaître que ce gaspillage vient d’abord d’une surproduction qui a fini par dévaloriser les aliments.
Chapitre 15. Lutter contre la précarité par de l’aide alimentaire ?
Où l’on apprend que si l’aide alimentaire est plutôt réservée aux situations d’urgence à l’échelle internationale, elle est devenue le principal moyen de lutter contre la précarité alimentaire en France. Et si cette aide a une fonction d’accompagnement social, elle n’en est pas moins critiquée pour de multiples raisons, ce qui pousse à expérimenter d’autres formes de solidarités qui s’appuient sur une plus grande démocratie alimentaire.
Chapitre 16. Réinvestir la cuisine et le “fait-maison” ?
Où l’on comprend que la cuisine faite maison, qui présente de nombreux atouts sur les plans de la culture ou de la santé par exemple, reste une tâche quotidienne peu valorisée qui incombe majoritairement aux femmes. Et où l’on s’intéresse aux opportunités présentées par la marchandisation des préparations culinaires « maison ».
Chapitre 17. Prendre ses distances avec le local ?
Où l’on apprend que la relocalisation de notre alimentation permet notamment de restaurer des liens de confiance entre producteurs et consommateurs, souvent rompus par l’industrialisation et la globalisation des chaînes alimentaires. Mais où l’on réalise qu’il est tout à fait possible de reproduire localement des dysfonctionnements constatés à d’autres échelles ou de promouvoir un localisme étriqué. Et où l’on découvre l’idée d’un localisme cosmopolite…
Chapitre 18. Le consomm’acteur, moteur du changement ?
Où les individus, convaincus de faire leur part grâce au pouvoir dont ils disposent à travers leurs actes d’achat, comprennent les limites de leur responsabilité dans la transition vers des systèmes alimentaires durables. Ils découvrent que leurs comportements de consommation sont malgré tout contraints par un environnement matériel, social et politique et ne peuvent constituer les seuls moteurs du changement.
5. Une écologie de l’alimentation pour transformer les systèmes alimentaires
« Exister cʼest “entre-exister”. Vous ne pouvez pas exister seul, de vous-même. Vous ne pouvez exister qu’en interdépendance avec tout ce qui existe. » Thich Nhat Hanh, The Heart of Understanding (1988)
Chapitre 19. Les initiatives citoyennes et leur changement d’échelle
Où l’on constate que le monde d’après s’expérimente déjà aujourd’hui, au travers d’initiatives citoyennes qui se multiplient et inventent de nouvelles façons d’organiser l’alimentation. Et où l’on explore plusieurs voies pour que ces initiatives changent d’échelle et permettent la nécessaire transformation des systèmes alimentaires.
Chapitre 20. Les entreprises : vers de nouveaux modèles ?
Où l’on découvre deux formes d’engagement des entreprises du système alimentaire : lʼéconomie sociale et solidaire (ESS) et la responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Si ces deux mouvements se sont développés indépendamment l’un de l’autre, ils tendent aujourd’hui tous deux à contribuer à la transformation des systèmes alimentaires.
Chapitre 21. Les rôles de la formation et de la recherche
Où l’on s’intéresse aux implications d’une écologie de l’alimentation pour la formation et la recherche, et où l’on constate que des changements sont en cours, tant sur les sujets que sur la façon de les traiter. Où quelques pistes sont données pour penser ces évolutions.
Chapitre 22. L’alimentation en politiques
Où il est question de politiques publiques d’alimentation au Brésil, au Canada ou en France, menées aux échelles nationales ou locales. Un foisonnement d’initiatives qui permet d’associer de nouveaux acteurs de la société civile dans les systèmes alimentaires et de répondre ainsi à de nouvelles préoccupations. Reste à relever les défis de l’intersectorialité, de la participation, et à entrer dans l’arène pour imposer de nouveaux rapports de force.