Un lombricompostage ménager pour des légumes de balcon

LES ACTES DE JIPAD 2015

La reterritorialisation de l’agriculture et de l’alimentation sont parmi les enjeux clés d’une alimentation durable. L’agriculture urbaine présente une solution pour que Lles citadins puissent contribuer à cette dynamique de circuits de proximité. Dans ce contexte, une « agriculture de balcon » voit le jour grâce au recyclage des déchets organiques ménagers en compost via un procédé naturel mais innovant, sans mauvaises odeurs et utilisable à domicile : le lombricompostage. Son déploiement demande un certain encadrement, mais le dispositif proposé répond à bon nombre d’éléments de la crise de notre système alimentaire.

DESCRIPTION DE L’INNOVATION

Le lombricompostage

Le but du lombricompostage, ou vermicompostage, est de recycler les matières organiques en compost grâce à l’action de lombriciens : les vers de compost. Ce recyclage se déroule en phase aérobie, ce qui évite la fermentation et la production de mauvaises odeurs, permettant son utilisation au sein d’une habitation urbaine. Les vers sont placés dans un bac, contenant un substrat favorable à leur « démarrage » (toile absorbante et nutriments). Ce bac est ajouré (trous de 4 mm) pour que puisse percoler l’eau résiduelle de la dégradation. Appelée jus de compost, elle est collectée dans un bac collecteur. On recouvre le substrat de démarrage des vers avec des détritus organiques, que l’on renouvelle par couche de

quelques centimètres au fur et à mesure de leur production. Une fois le premier bac rempli, on pose par-dessus un deuxième bac pour y mettre les déchets frais selon le même principe. La migration des vers du premier bac vers le deuxième s’effectue grâce aux perforations. Une fois rempli, on en superpose un dernier pour poursuivre l’opération. Enfin, il faut couvrir en permanence le système à l’aide d’un couvercle pour empêcher la lumière de pénétrer. Une fois le troisième bac rempli, on enlève le premier bac, contenant alors un compost mûr, que l’on récupère. Ce premier bac deviendra alors le troisième bac, le troisième deviendra le deuxième et le deuxième, le premier. C’est un système de rotation. Le jus est récupéré au fur et à mesure.

Pour réussir parfaitement le processus, il est important de choisir les espèces de vers Eisenia andrei ou Eisenia fetida , qui présentent peu de différences notables. Ce sont des vers épigés, c’est-à-dire évoluant naturellement en surface du sol pour digérer la matière organique. Vers la Terre (l’entreprise choisit pour illustrer cette innovation) propose les deux espèces, mais rappelle qu’il ne faut pas les mélanger (source : J.-P. Nourrit, entretien personnel, février 2015). Ces vers sont productifs entre 15 et 25 °C et entre 75 et 85 % d’humidité. 5 et 30 °C représentent des extrêmes au-delà desquels de lourdes pertes seront à déplorer. Une aération suffisante évite que la dégradation n’emprunte la voie fermentaire et ne produise les mauvaises odeurs traditionnelles d’un compost. Les vers se nourrissent

de nos déchets organiques : une part putrescible (les déchets de cuisine) et une part inerte, les cartons. Il faut cependant écarter : produits animaux, matières grasses, agrumes, ananas, peaux d’avocat et de pomme de terre, champignons, ail, oignon, échalote, poussières de maison ou encore épices. Nos déchets verts étant riches en azote, du papier carton (sans encres non végétales) est recommandé pour équilibrer le mélange.

Présentation de l’entreprise

Vers la Terre est une entreprise qui s’est spécialisée dans la pratique du lombricompostage. En 2002, lors d’un tour du monde de plusieurs années, Agnès Allart découvre en Australie la pratique du lombricompostage. De retour en France, l’idée lui vient alors d’inciter la population à réduire la production de ses déchets en lombricompostant la part organique à domicile. Devant les centaines de demandes potentielles pour obtenir un matériel adéquat qu’elle perçoit, Agnès décide, en 2005, avec l’aide de Jean-Paul Nourrit, de fonder l’entreprise Vers la Terre. C’est alors le début d’une longue aventure, qui les mènera, entre autre, en 2010, à la signature d’un contrat commercial avec la région Île-de-France pour équiper 50 000 foyers en composteurs et lombricomposteurs. Aujourd’hui l’équipe est constituée, en plus de ses deux co-fondateurs, de Thierry Sin (chargé collectivités et formation), de Fanny Delgado (assistante de gestion), de Thierry Lazaro (lombriculteur au siège de l’entreprise) et de Maryline Sammut (assistante comptable). L’entreprise commercialise des vers de terre et les accessoires pour leur démarrage, ainsi que des lombricomposteurs. Fabriqués en France et garantis dix ans, trois modèles sont proposés, en fonction de la taille du foyer : de 2 à 6 personnes. Le prix varie entre 70 et 140 euros. Depuis peu, l’entreprise commercialise également des jardinières de balcons. Tous leurs produits sont disponibles sur leur site internet : verslaterre.com.

Mise en application : l’exemple fictif de Mme Dupont

La production de compost


En 2010, un Français moyen produisait 314 kg d’ordures ménagères (déchets non recyclables), dont 25 % sont des déchets dits putrescibles, soit 80 kg (source : Ademe, 2014). Comme déjà expliqué,

tous les déchets putrescibles ne peuvent pas être utilisés, réduisant quelque peu la quantité de déchets à destination du lombricompostage. D’après les fabricants, un lombricomposteur pour un foyer de 4 personnes (2 enfants et 2 adultes) digère entre 3 et 5 kg de déchets organiques par semaine, ce qui représente tout de même 1 kg par personne et par semaine, soit 50 kg par an (source : T. Sin, entretien, janvier 2015). Pour équilibrer le rapport carbone/ azote (C/N), du carton est rajouté, mais les quantités semblent très faibles. Le foyer traitera donc en interne 200 kg de déchets putrescibles par an. D’après Vers la Terre, 10 kg de bio-déchets, c’est 1 kg de lombricompost. Cette estimation permet de quantifier la production du foyer de Mme Dupont à 20 kg de compost annuellement. Avec une densité de 550 kg/m[3] , cette production équivaut à 38 l de compost. Avec une composition relativement riche (NPK : 2,4/0,6/0,4), le lombricompost peutêtre mélangé avec de la terre (50 %-50 %), provenant de la forêt ou d’un chantier par exemple. La culture directement dans le compost est également possible (source : T. Sin et J.-P. Nourrit, entretiens, février 2015).

La production de légumes


Mme Dupont possède désormais 80 l d’un mélange terre/compost lui permettant de remplir la jardinière commercialisée par Vers la Terre (75 l), pour une surface proche de 0,5 m². Egalement, elle dispose de jus de compost pour fertiliser régulièrement sa jardinière, lui permettant de produire des légumes sans engrais provenant du commerce. L’achat d’un lombricomposteur pour 4 personnes avec vers et accessoires coute 150 euros. La serre de balcon revient quant à elle à 90 euros. Ce matériel peut-il être rentabilisé en 10 ans (durée de la garantie) ? Cela nécessite de produire un équivalent commercial de 24 euros par an pour rentabiliser l’installation. D’après les prix observés sur internet (prix en saison) 24 euros de légumes bio c’est une vingtaine de salades ou de têtes d’ail, 10 kg de carottes, 5 kg de panais, carottes multicolores et navets, 3 kg de choux de Bruxelles ou encore 15 kg de tomates. Également, la production de plantes aromatiques peut s’avérer plus rentable. La difficulté est ici de savoir quelle production est envisageable. Peut-on produire 20 salades sur 0,5 m² (surface de la jardinière) en un an seulement ? Estimer une

production est difficile, ne serait-ce qu’en raison de l’exposition des habitations, l’ombre, etc. À ce sujet, le dernier rapport expérimental de la ferme permaculturelle du Bec Hellouin, en Normandie, déclare avoir récolté une valeur de 50 800 euros sur 1 000 m², soit 50 euros/m² équivalent à 25 euros sur 0,5 m² (Guégan S., 2014). La maind’œuvre de Mme Dupont (qui cultive avant tout pour son propre plaisir) n’est pas comptabilisée et l’opération semble tout juste rentable. Cependant, elle devrait l’être amplement si la durée de vie du matériel dépasse celle de la garantie. Il semblerait qu’avec une conduite optimale, ce type de système soit économiquement viable, même avec le coût des semences, qui peuvent être gratuites si récupérées dans les légumes du commerce[1] . Pour s’aventurer sur un domaine plus technique et ne pas laisser Mme Dupont seule face à ses interrogations, certains conseils peuvent être prodigués. La logique est de maximiser la période de production : plant en intérieur (tomates, salades) et succession culturale. Ainsi, il est recommandé de commencer par des radis et de poursuivre avec des salades, des tomates, des poivrons, etc. L’objectif est également de préférer des plantes grimpantes à des plantes couvrantes de manière à maximiser l’occupation du sol. Parmi les plantes potagères à croissance rapide et à faible développement, il y a par exemple la tomate-cerise, le concombre, les cornichons, poivrons, courges et courgettes, la laitue, la roquette ou encore le radis.

IMPACTS DE L’INNOVATION

Alors si ce projet, en plus de « recycler » des déchets est « rentable » pour Mme Dupont, quel est son impact sur l’environnement et plus globalement sur la durabilité de nos systèmes alimentaires ?

Impacts environnementaux du traitement des déchets ?

Selon son lieu d’habitation, Mme Dupont a 68 % de chance de voir ses déchets putrescibles incinérés ou enfouis. Enfouis, ils produiront un jus

1. Précision technique : il est essentiel que ces légumes ne soient pas des hybrides, mais bien des lignées pures. En effet, les hybrides n’ont pas de caractères fixés. Leurs enfants ne leur ressemblent pas et affichent des rendements nettement inférieurs.

qui polluera les aquifères. S’ils sont incinérés, cela conduit à une perte d’énergie, ces déchets étant constitués de 60 à 90 % d’eau. Ainsi seulement 13 % de nos centrales d’incinération peuvent se vanter de produire plus d’énergie qu’elles n’en consomment (source : CNIID, 2010). Également, les centrales d’incinération émettent de la dioxine : un polluant nocif pour l’homme. Au-delà du traitement des déchets il faut aussi comptabiliser la réduction de leur transport, soit environ 25 % (source : Ademe, 2014). Ainsi, par son acte citoyen Mme Dupont ne cautionne plus une consommation d’énergie inutile ou une pollution des aquifères.

Le transport

En 2008, le flux de marchandises agricoles et alimentaires en France représentait 20 % du trafic routier national. En 2005, les fruits et légumes représentaient un tiers du tonnage pour 50 % des flux. Également, l’évolution de la structure de nos villes fait augmenter la distance parcourue par les Français pour récupérer leur nourriture (Esnouf et al. , 2011). Ainsi, le transport des légumes représente 10 % du trafic routier national ! En relocalisant sur sa fenêtre une partie de sa consommation, Mme Dupont contribue à réduire ce chiffre.

La gestion des éléments fertilisants

L’agriculture doit fertiliser ses sols pour contrebalancer les éléments minéraux exportés par la production alimentaire. Aujourd’hui, l’agriculture ne repose pas sur un cycle mais sur un système avec des intrants/extrants. Même s’il est vrai qu’une partie des éléments exportés reviennent dans les champs (boues de station d’épuration, fumier, etc.), certains ne le sont pas. C’est entre autre le cas des minéraux contenus dans les épluchures ménagères. En produisant des légumes sans engrais, à l’aide de déchets, Mme Dupont contribue à boucler le cycle des nutriments.

La consommation d’énergie

L’agriculture française est responsable du réchauffement climatique à hauteur de 21 % (source : RAC-f). Le secteur du maraîchage voit 25 % de ses charges dépendre de l’énergie, principalement à cause des serres chauffées et des engrais azotés (Garnier, 2012). Les serres maraîchères sont responsables de 6,5 % de la

consommation directe[2] d’énergie des exploitations françaises (tous systèmes d’exploitation confondus) (Vert et al. , 2010). Ainsi en produisant des légumes sans chauffage ni engrais chimique, Mme Dupont participe à réduire le bilan énergétique de sa consommation alimentaire.

La durabilité de la production européenne de fruits et légumes

L’Europe est le premier importateur de fruit et légumes du monde (source : Areflh). La France, troisième producteur derrière l’Italie et l’Espagne est malgré tout importatrice nette à hauteur de 900 000 tonnes (Duriez, 2008). Ainsi la sécurité alimentaire française dépend de ses voisins italiens et espagnols. Mais la durabilité de la production de ces fortes régions exportatrices est malmenée par des problèmes de durabilité sociale et environnementale. À titre d’exemple, la région d’Alméria en Andalousie dans le sud de l’Espagne, véritable potager et verger de l’Europe, est régulièrement mise en cause pour exploitation des travailleurs immigrés et sans papiers. Elle est également accusée de s’étendre massivement sur un parc national, de sur-exploiter la ressource en eau et d’utiliser des produits chimiques interdits (Vadrot, 2008). En relocalisant chez elle une partie de sa consommation Mme Dupont aide son pays à mieux résister à la chute probable de ces systèmes de production.

Commercialiser des légumes, cela consomme aussi des ressources !

Plus que la construction d’un magasin, la commercialisation a d’autres coûts environnementaux, via la fabrication d’un emballage par exemple (au moins le sachet en plastique pour le vrac), mais aussi via les ressources allouées à la communication et au marketing, même si elles sont plutôt faibles sur les légumes. Enfin, il y a le poste du gaspillage, difficile à chiffrer mais lié à l’aspect physique des légumes et à leur fraîcheur. Des légumes à portée de main, c’est l’assurance d’une consommation au fur à mesure de ses besoins, sans distinction physique et donc sans gaspillage.

Cette innovation alimentaire semble permettre, à sa hauteur, de répondre à de nombreux enjeux.

2. Cette consommation d’énergie directe représente environ 40 % de la consommation d’énergie de l’agriculture (Bazin G., 2008).

Néanmoins, ces avantages sont à relativiser. En effet, Mme Dupont n’est pas agricultrice et il est probable qu’elle n’optimise pas l’utilisation de ses ressources : gaspillage d’eau (sur arrosage), changement d’un compost encore fertile, mauvaise optimisation des cycles de cultures et de leur succession, non respect des dates de semis, absence pendant les périodes de récoltes...

QUELLE STRATÉGIE POUR UN DÉVELOPPEMENT COHÉRENT ?

En reprenant l’argumentaire de la partie précédente, le constat est clair : cette innovation répond pleinement à de nombreuses problématiques liées à la durabilité de la production et de la consommation de légumes. Si dans le cadre de l’effort de guerre, le gouvernement des États-Unis a demandé à tous ses citoyens de produire des légumes à domicile – ce qui a permis d‘atteindre 40 % de la consommation du pays (Pollan, 2008), l’objectif de cette étude n’est pas de donner un chiffre de production envisageable sur l’ensemble des balcons de la nation et d’en déduire un impact quantitatif sur la pression environnementale et sociale de nos systèmes alimentaires. Cette partie cherche à replacer l’innovation dans son environnement, pour donner des pistes permettant de lever les freins incombant au développement de l’idée.

Perspectives de la gestion des déchets putrescibles en France

En 2008, 40 % des foyers en habitat individuel et 10 % en logement collectif gèrent à domicile leurs déchets fermentescibles (compost et alimentation animale) (Indigo & Lh2, 2008). En 2006, le gouvernement s’est également emparé de la question avec le plan national de soutien au compostage domestique initié en 2006 qui visait à l’installation de 100 000 composteurs domestiques par an, principalement dans les maisons individuelles. Ces premiers éléments appuient le fait que ce projet soit plus pertinent pour les villes que pour les campagnes. En 2014, S. Royal a lancé le plan de réduction et de valorisation des déchets, visant à l’installation de 25 000 composteurs partagés en pied d’immeuble, une pratique déjà développée dans certaines villes. Ainsi, le projet de lombricompostage se heurte à une prise en main de la question par le gouvernement. Cependant,

il prévoit une collecte des déchets putrescibles par points de collecte (et non à chaque domicile), une stratégie proche de celle utilisée encore pour le verre en centre-ville. Faut-il considérer le lombricompostage ménager obsolète face aux plans gouvernementaux ? La réponse semble être négative. En effet, un recyclage directement chez soi semble bien plus engageant et les projets gouvernementaux ne couvrent pas la totalité des ménages. Qui plus est, il est nécessaire de s’arrêter sur le processus de compostage pour comprendre l’intérêt du lombricompostage. Le processus de compostage est fermentaire alors que le lombricompostage est biologique. Cette différence fondamentale permet de comparer les deux processus. Ainsi le compostage émet des gaz à effet de serre lors de la fermentation. Le lombricompostage n’en émet pas. Également, l’action digestive des lombrics active la biologie du lombricompost lui conférant une meilleure qualité amendante et fertilisante. Si le lombricompostage ménager se présente comme une initiative plus efficiente que le compostage industriel, il faut désormais chercher à lever les freins incombant à un système décentralisé.

Les problèmes d’un système décentralisé ?

Technicité des citoyens


À la concurrence de projets nationaux, se superpose le risque lié à la technicité agricole d’un citoyen lambda. Le développement à grande échelle de l’innovation devra savoir lever bon nombre de freins pour faire de chaque citoyen un agriculteur technique et performant pour la gestion de ses productions de balcon... Ainsi, traiter soi-même son compost plutôt que de le faire collecter par l’État ne serait bénéfique que si on le valorise d’une manière aussi productive qu’un agriculteur. Pour lever ces freins, liés à un manque global de technicité, une solution a été retenue : des associations d’immeubles/de quartiers (permettant ainsi la récolte pendant les vacances et le partage des connaissances relatives aux autres freins) sous l’encadrement d’un service technique compétent et impliqué. Certaines de ces associations pourraient également permettre de cultiver collectivement sur les toits, les façades ou sur d’autres espaces communs ! Une rapide recherche sur internet montre que de nombreux projets d’agriculture urbaine s’organisent et se

professionnalisent de la Havane à Montréal en passant par Bogota et Paris !

Gestion des intrants/extrants

Si en s’associant et en s’intéressant à l’agriculture, les citoyens peuvent certainement lever les freins relatifs à leur technicité initiale, il est un problème qui reste sans solution, celui de la gestion du mélange terre/compost. Comme expliqué, le compost doit être mélangé à de la terre/terreau pour cultiver. Ainsi, le développement de l’innovation va demander aux citoyens de trouver cette ressource. Même si le projet ne semble pas insurmontable, une réflexion à l’échelle de la commune, de l’agglomération ou du territoire semble nécessaire pour éviter un approvisionnement « sauvage » de cette ressource et offrir un accès à tous les citoyens.

Autre problème, en rajoutant chaque année le compost produit, le volume de sol augmente. Ainsi de temps en temps, la terre doit être changée. La question qui se pose alors est de savoir ou mettre cette terre. Cette question ne semble pas traitée par le monde de l’agriculture urbaine. Elle n’est certainement pas prédominante à court terme, mais pourrait le devenir à plus long terme. En effet, il serait dommage que la terre ne se retrouve dans des fossés ou dans des camions poubelles. Ainsi il semble indispensable d’organiser une collecte annuelle, qui après analyse, pourrait être distribuée aux maraîchers de la ville ! Enfin, si la gestion de la production agricole par la population s’avère non optimale, d’autres systèmes pourraient être imaginés. Pourquoi ne pas rapporter son compost chez son commerçant, qui le redistribuerait à son maraîcher : La « consigne compost » a-t-elle un avenir ? Peut-être, si tant est que la réglementation sur les amendements permette une mise en place abordable.

CONCLUSION

Si ce concept présente un attrait réel quant à sa simplicité et sa réponse pertinente aux grands enjeux de notre système alimentaire, sa généralisation et sa performance se heurtent à la réalité logistique ainsi qu’à un réel défi de formation. En effet, pour pouvoir vulgariser l’innovation au sein d’une part majoritaire de la population française, la mise en place d’un système de gestion de la

terre et de formation au jardinage « bio-intensif » semble indispensable. Cependant, au-delà de ces freins « techniques » il est important de considérer les bénéfices sociologiques de l’innovation. En pratiquant à domicile la culture de légumes, les citoyens pourraient être plus à même de comprendre la difficulté de la production agricole, celle de produire des aliments de qualité (notamment visuelle), au calibre régulier et sans utiliser d’intrants. Cette compréhension pourrait-elle permettre de limiter le gaspillage ? Cette compréhension pourrait-elle renforcer l’image sociale de l’agriculteur, au même titre que l’estime d’un plombier est renforcée à partir du moment où on a soi-même essayé de réparer sa chasse d’eau ?

Ce projet pourrait également améliorer la sensibilité à la gestion des déchets : un citoyen qui trie ses déchets organiques pourrait instinctivement être amené à mieux trier le reste de ses détritus et pourquoi pas à les réduire ? Indépendamment de l’activité de production, le lien à la terre est reconnu comme aidant à lutter contre la dépression (Rogelet, 2013). De même, l’idée de regrouper les citoyens au sein d’associations de jardinage permettrait plus de liens sociaux. Ainsi ce projet pourrait-il contribuer à diminuer la consommation française d’antidépresseurs ?

Enfin, ce projet laisse cependant une véritable question en suspens : si les peaux de nos légumes contiennent une grande partie de leurs vitamines et éléments minéraux, faut-il les jeter ? La meilleure gestion des déchets pour nos principaux déchets de cuisine n’est-elle pas notre digestion ?

BIBLIOGRAPHIE

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