Les migrants, entre continuité et discontinuité alimentaires

La diffusion de produits et de mets s’est faite notamment au cours des grands mouvements de population. Les migrants sont souvent attachés à leurs pratiques alimentaires lorsqu’ils s’installent à l’étranger. Ils tendent à cultiver à table la mémoire du pays en perpétuant la consommation de plats typiques. Mais un processus d’acculturation alimentaire se fait jour qui pousse les migrants à combiner mémoire et adaptation. D’abord par nécessité, parce que le maintien des habitudes alimentaires traditionnelles s’accompagne de l’adoption d’aliments locaux voués à remplacer les aliments traditionnels qu’il est difficile de se procurer (disponibilité, accessibilité, coût d’importation, etc.). Ensuite par choix, car les migrants n’arrivent pas toujours porteurs d’un modèle culinaire stable et symboliquement fort qu’ils veulent à tout prix conserver. Le plus souvent, ils sont curieux de découvrir les pratiques alimentaires de la société dans laquelle ils s’installent.

Ainsi, les migrations font l’objet de recompositions identitaires et d’adaptations de la culture gastronomique aux particularismes locaux. Cela mène à des pratiques alimentaires métissées, dans un constant va-et-vient entre pratiques d’ici et de là-bas, nostalgies du passé et influences du présent. D’ailleurs, les immigrés ne sont pas seuls à voir leurs pratiques alimentaires modifiées. Les nourritures et recettes importées par les immigrés ne sont pas destinées à rester dans le seul cercle de leur communauté d’origine, mais influencent à leur tour la culture alimentaire du pays d’accueil et participent à son évolution, dans un processus d’enrichissement mutuel.


7e colloque international Les aliments voyageurs, 2018. Session 1 - Migrations, Circulations, Hybridations, Marianne Lefebvre, « Montréal : comment les immigrés impactent-ils la culture alimentaire ».