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SESSION 1 Nos déchets ont de la ressource

Le déchet est défini comme un produit que l’on destine à l’abandon. Cette notion est subjective, nourrie par des critères majoritairement culturels. Tant que l’objet reste la propriété d’un individu, il sera considéré comme une ressource. Par exemple, une chaise ne sera considérée comme un déchet qu’une fois jetée dans la rue ou amenée à la décharge. De plus, la gestion du déchet reste relativement inconnue pour celui qui le jette, créant une véritable distanciation cognitive.

Cependant, ce modèle linéaire « produire, consommer, jeter, oublier » atteint ses limites. D’une part, une forte augmentation des déchets a été observée au cours des quarante dernières années. D’autre part, l’épuisement des ressources naturelles pousse une population toujours grandissante à repenser leur exploitation et à optimiser leur utilisation. En réponse à ces constats, l’économie circulaire prône un nouveau paradigme, inversant la vision de rejet systématique du déchet en le transformant en ressource. À la manière d’un arbre qui perd ses feuilles, qui deviennent elles-mêmes un humus qui le nourrira, l’économie devrait être un cycle vertueux qui s’auto-alimente.

Changer les comportements serait donc nécessaire, mais cela ne doit pas seulement incomber à l’individu. Pour accompagner ce changement, il faut repenser les constructions sociales, organisationnelles et culturelles, ainsi que la réglementation liées aux déchets.

L’application de ces nouveaux concepts peut par exemple être illustrée par la valorisation des bio-déchets en compost. Léa Egret, coprésidente de l’association Compostons et invitée à présenter la session « Nos déchets ont de la ressource ! » lors de la Jipad 2018, nous présente sa vision d’entrepreneuse et de femme de terrain.

« Je me suis toujours intéressée à la relation qu’avaient les hommes à la terre, à la cuisine et à la façon dont on pouvait devenir acteur du développement durable dans notre quotidien.

Il s’avère que j’ai atterri par hasard dans le compostage, qui est un très bon outil support pour parler de citoyenneté, de cycle du vivant, de responsabilisation, de déchet. Le compostage, on sait un peu tous ce que c’est : c’est la valorisation des biodéchets en amendement riche. Il y a plusieurs manières de le faire, on peut en faire dans son jardin, ensemble, au niveau de la collectivité, à la ferme... C’est une solution qui n’est pas unique et qui, si elle n’est pas techniquement complexe, demande des systèmes organisationnels différents.

Actuellement, chaque personne produit environ un kg d’ordures ménagères résiduelles (OMR) par jour, soit les déchets de la poubelle grise. Dans ces déchets il y a 30 % de biodéchets, qui vont très vite se dégrader et poser des problèmes de poubelles dont on a envie de se débarrasser. Extraire les putrescibles donne également plus de valeur aux autres déchets, qui peuvent être recyclés. C’est sûr que si la feuille de papier n’a pas croisé la sardine, la feuille de papier a beaucoup plus de valeur que quand elle est souillée et ne pourra qu’être incinérée ou enfouie.

Car actuellement, ce sont les deux grandes solutions qu’on a pour les déchets. Soit on les brûle, auquel cas on concentre les polluants dans un filtre qu’il faudra traiter, parce que la pollution ne disparaît pas : rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme. Soit on fait un grand trou, on met une grosse bâche, on remplit le trou et après on rebouche. Et ça fait de la méthanisation… En effet, privés d’oxygène, les biodéchets vont dégager du méthane, un important gaz à effet de serre. Ça fait aussi du lixiviat, qui est le jus des déchets, très riche en polluants, et qui menace aussi de conta-miner les sols et l’eau.

Du moment qu’on enlève les biodéchets de la poubelle et qu’on fait du compost, on donne de la valeur aux autres déchets, on permet de limiter le transport, parce qu’on peut passer moins sou-vent ramasser la poubelle, on diminue par trois le volume de la poubelle, et puis en plus on apprend plein de choses ! Parce qu’en faisant du compostage, on apprend à faire ensemble. Et je pense que le cœur de la transition, du changement de paradigme, c’est comment on arrive à s’entendre ensemble, à retrouver des responsabilités et à sortir de notre individualité, et ça c’est un gros défi. C’est un apprentissage, il faut un accompagnement, ça ne se fait pas tout seul, on n’a pas encore cette culture du faire ensemble.

On remet aussi la vie au cœur de la ville, c’est très important. De plus en plus, on a peur du vivant et c’est un gros problème. C’est grâce au vivant, aux milliers de bactéries, aux petits vers, aux petites bestioles que le cycle de la vie se maintient sur Terre. Il faut faire de la pédagogie, aller voir le vivant et lui redonner ses fonctions vitales, parler du cycle de la nature. Quel bonheur de voir qu’une petite graine peut faire une plante et de pouvoir manger les légumes qui viennent de cette plante-là !

Tous ces changements, ne serait-ce que le compostage à l’échelle d’un quartier, ça demande de la législation, des équipements adaptés, de l’accompagnement, des changements politiques, un vrai soutien politique ! Et puis ça demande aussi de trouver des modèles économiques qui soient durables pour créer des nouveaux métiers qui permettent de changer ces paradigmes. »

Les articles suivants présenteront des innovations sur concernant la revalorisation des biodéchets ménagers mais également des déchets des acteurs économiques, des coproduits d’industrie et de filières agricoles ou encore des eaux usées...

Bonne plongée dans nos poubelles !

Camille Acedo, Valeria Barchiesi, Claire Breit-Corbière, Clémentine Camara, Camille Lacour, Fanny Ocler, François Recoque


Clémentine Camara

MOTS-CLÉS : URINE, VALORISATION, ASSAINISSEMENT, NUTRIMENTS, FERTILISATION
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Le recyclage, et par conséquence le tri des déchets solides – pour en faire de nouvelles ressources – est aujourd’hui entré dans les mœurs françaises. Il en est tout autrement pour nos déchets liquides, qui sont centralisés dans des stations d’épuration afin d’être traités sans différenciation. L’urine, même si elle ne représente que 1 % du volume total des eaux usées, mérite un regain d’attention du fait (...)


Camille Acedo

MOTS-CLÉS : HUILE ALIMENTAIRE USAGÉE (HAU), ÉCONOMIE CIRCULAIRE, ÉNERGIE RENOUVELABLE, BIODÉCHET, CIRCUITS COURTS
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Que faire de mon huile de friture usagée ? Telle est la question à laquelle sont quotidiennement confrontés les professionnels de la restauration, et à laquelle l’association marseillaise Oléo-Déclic a choisi d’apporter une réponse locale s’inscrivant dans une dynamique d’économie circulaire. Dans un contexte de développement des énergies renouvelables et (...)


François Recoque

MOTS-CLÉS : PERTES ALIMENTAIRES, ÉCONOMIE CIRCULAIRE, LACTOSÉRUM, VALORISATION, MÉTHANISATION
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Valeria Barchiesi

MOTS-CLÉS : GASPILLAGE ALIMENTAIRE, MARCHÉS URBAINS, ÉCOLOGIE ÉCONOMIQUE, INSERTION SOCIALE, PARTENARIAT PUBLIC-PRIVÉ
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L’alimentation des villes est un thème « too big to be seen » sur lequel on commence à s’interroger et qui englobe divers enjeux. Les marchés, à plusieurs échelles, sont un élément fondamental dans la conception de systèmes alimentaires plus durables. La ville de Turin a essayé de répondre à ces enjeux et a mis en place un projet innovant, sur le marché de Porta (...)


Claire Breit-Corbière

MOTS-CLÉS : ÉCONOMIE CIRCULAIRE, MICRO-MARAÎCHAGE, COMPOST, PERMACULTURE
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Comme le disait déjà Voltaire dans Candide, « il faut cultiver notre jardin ». Dans une société où le consommateur est de plus en plus déconnecté de son alimentation, jardiner et produire soi-même revient au goût du jour. L’association « Au Ras du Sol » cherche à tester et à vulgariser des techniques de maraîchage accessibles tout en utilisant la matière organique locale non valorisée, afin de réduire les (...)


Fanny Ocler

MOTS-CLÉS : ÉCONOMIE CIRCULAIRE, COMPOSTAGE, DÉCHETS, VILLE, CIRCUITS COURTS
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Nos déchets de cuisine regorgent de nutriments, et pourtant, ces derniers ne sont pas valorisés et sont traités avec les ordures ménagères classiques. Le traitement des déchets étant une activité polluante, un des objectifs de la loi relative à la transition énergétique est de réduire les déchets ménagers de 10 % entre 2015 et 2020. Revaloriser les biodéchets des foyers par compostage est un des moyens pour (...)


Camille Lacour

MOTS-CLÉS : ORGANIC’VALLÉE, BIODÉCHETS, VALORISATION AGRICOLE, ÉCONOMIE CIRCULAIRE
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Encore aujourd’hui, les déchets orga-niques sont une ressource non complètement exploitée. En 2014, 74,8 millions de tonnes de déchets organiques ont été produites et seulement la moitié a été recyclée, l’autre moitié étant incinérée ou enfouie (Commissariat général au développe-ment durable, 2017). Dans la région de Toulouse, à Bélesta-en-Lauragais, l’entreprise Cler Verts, spécialisée dans le traitement (...)